Programme 2012-2017 : Médias et démocratie

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Au sens strict, la démocratie (du grec δημοκρατία (dēmokratía), « souveraineté du peuple ») est un régime politique fondé sur un principe de souveraineté populaire au sein duquel tous les citoyens et citoyennes d’une nation sont égaux devant la loi, ont un accès égal aux institutions politiques et un même droit d’exprimer leur opinion. Toutefois, la démocratie n’est pas seulement un système d’État. Dans le contexte contemporain, la démocratie fait référence à l’ensemble des pratiques qui garantissent les principes de liberté, d’égalité, de pluralisme politique et de droits de la personne. La démocratie présuppose également l’adhésion au principe de diversité – des personnes, des situations, des expériences, des priorités et des points de vue, même si elle ne fait pas toujours bon usage dudit principe.

Au-delà de ces principes fondamentaux, la démocratie n’est pas un signifiant uniforme. Il n’existe pas de configuration unique de la démocratie, mais différents types de démocratie (représentative, directe, participative, consensuelle et délibérative). Qui plus est, la démocratie est louangée pour ses idéaux et simultanément critiquée pour son inaptitude à les mettre en pratique, inaptitude souvent attribuée au fonctionnement de ce qu’on appelle « les médias ». Ces critiques sont provoquées tant par l’incapacité de la démocratie à permettre à divers groupes marginalisés et privés de leurs droits de bénéficier pleinement de leur citoyenneté* que par la déception née de l’inaptitude de la démocratie à engendrer la population informée, engagée et ouverte d’esprit qui est à la base du système politique qu’elle promet, ou encore par le cynisme que crée l’absorption des principes démocratiques par des critères mercantiles tels que l’efficacité, la mise en marché et la rentabilité*.

Média@McGill s’intéresse particulièrement à ces problèmes et à ces points d’achoppement, qui sont à l’avant-scène des pratiques et des matérialités des médias depuis les années 1990, période au cours de laquelle la notion de démocratie n’a cessé de gagner en popularité dans le monde, mais aussi en ambiguïté, en polysémie et en valeur perçue*. Média@McGill se préoccupe des propriétés des médias en tant que moyens d’information, de représentation, de prestation, de communication, de diffusion, de réseautage, de colocalisation, d’engagement/désengagement, mais aussi sociaux, spatiaux, culturels, éthiques et esthétiques – tous fondamentaux pour le développement des processus démocratiques. Les éléments considérés comme essentiels à la démocratie moderne – liberté d’expression, liberté de parole, liberté de la presse, liberté d’association, pluralisme politique et égalité de tous et toutes aux yeux de la loi – reposent largement sur les pratiques et les matérialités des médias. Certains de ces principes ont été fortement remis en cause par l’utilisation des nouveaux médias, qui ont brouillé la limite entre sphères privée et publique, questionné le respect de la confidentialité en relation avec la notion fluctuante d’intérêt public et banalisé l’omniprésence des dispositifs de surveillance dans les technologies médiatiques. Toutefois, les principes de la démocratie semblent avoir été simultanément renforcés par l’utilisation sociale des nouveaux médias à titre d’outils de démocratisation, de formes de journalisme citoyen et de moyens de communication entre usagers.

Médias et démocratie traite de ces questions suivant un programme de cinq ans structuré autour de thèmes précis. Ces thèmes sont abordés dans le cadre de programmes annuels composés de conférences et de tables rondes publiques, de la conférence annuelle Beaverbrook de Média@McGill, d’ateliers et de séminaires spécialisés, du programme d’un professeur invité, de conférences organisées par des étudiants diplômés et postdoctoraux, de manifestations artistiques, de diverses publications et de documents en ligne. Chaque thème est examiné sous différentes perspectives émanant d’un large éventail de disciplines des sciences naturelles, de l’informatique, des sciences sociales, des sciences humaines et des arts. Le calendrier provisoire du programme 2012-2017 est le suivant :

2012-2013 : Médias, guerre et conflits

2013-2014 : Les médias participatifs

2014-2015 : Médias, sens et sensibilités

2015-2016 : Art, Médias et Espace Publique

2016-2017 : Médias et environnement

Ces thèmes pourraient être modifiés à la lumière des recherches et du développement en nouveaux médias, mais constituent une indication claire des sujets d’étude que Média@McGill entend aborder dans les années qui viennent.

2012-2013 : Médias, guerre et conflits

Comment les médias de masse et les pratique médiatiques représentent-ils la guerre, le terrorisme et les conflits? Comment conditionnent-ils notre perception de la guerre et des conflits? Comment matérialisent-ils la guerre? Quelle est la politique, l’esthétique et l’éthique des pratiques médiatiques en ce qui concerne la guerre? Comment les nouveaux médias sont-ils aujourd’hui eux-mêmes des sites de guerre? Les pratiques médiatiques – imprimés, peinture, radio, film, photographie, télévision, localisation en ligne ou réseaux sociaux – jouent un rôle considérable dans la couverture, la représentation, la fabrication, la pratique et la reconstitution des guerres et des conflits. Médias, guerre et conflits s’intéresse particulièrement à la façon dont ces pratiques médiatiques sur/autour/de la guerre ont changé au cours de l’Histoire – du point de vue de leur contenu, de leur forme, de leur structure, de leur matérialité et de leur esthétique. Il examine également la manière dont les médias en temps de guerre sont devenus des médias de guerre, comme le démontre le développement de la guerre cybernétique – une guerre de l’information qui voit une nation pirater les systèmes informatiques d’une nation ennemie à des fins de sabotage et d’espionnage.

Médias, guerre et conflits s’intéresse également au rôle des pratiques des nouveaux médias dans les récents mouvements de démocratisation révolutionnaires. Dans « New Media and the Arab Spring » (2012), Michael Teague avance que les protestations de 2009 contre les résultats de l’élection présidentielle en Iran ont été favorisées par l’utilisation novatrice des nouveaux réseaux sociaux (principalement sur Internet) dont Facebook, Twitter, YouTube, les blogues et les téléphones cellulaires : « Depuis lors, le débat au sujet de ces nouvelles technologies de communication a été omniprésent, à juste titre, dans le discours global, en particulier face aux événements plus récents qui ont eu lieu en Tunisie, en Égypte, au Yémen, en Algérie, au Bahreïn, en Lybie, en Syrie, etc. »* Lors de ces différentes révoltes, le cyberactivisme et les manifestations artistiques ont connu du succès, quoique celui-ci a été limité : les protestataires ont utilisé les réseaux sociaux pour constituer des communautés qui ont servi à mobiliser la population, mais les médias sociaux n’ont pas instauré la démocratie au sein des régimes répressifs. Compte tenu du fait que ces régimes n’ont pas tardé à utiliser Internet pour traquer les activistes, bloquer les communications et diffuser leur propre propagande, peut-on plutôt affirmer que le cyberactivisme doit se développer conjointement à un activisme populaire et à des structures politiques traditionnelles? Médias, guerre et conflits se penche sur ces hypothèses mais cherche aussi à comprendre comment la démocratie est repensée dans le cadre de processus sociaux tels que ceux-là. 

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2013-2014 : Les médias participatifs

La relation entre les médias et la participation soulève la question fondamentale du rôle des médias dans le développement de la démocratie à différents moments de l’Histoire et dans différents contextes sociopolitiques. Il met en lumière la dimension participative des médias, notamment la participation du citoyen à la création, au traitement et à la transmission de la structure, du contenu et de la forme de l’information, le remodelage artistique de la participation du spectateur et la participation de l’utilisateur à la (re)configuration des sphères, des communautés et des espaces publics. Il met l’accent sur la possibilité de développer des formes directes de démocratie par des utilisations spécifiques d’interactivité entre les usagers des médias.

Les médias participatifs examine ces relations, les aborde d’un point de vue critique et questionne la notion même de participation. Il étudie la volonté de formation et de rapprochement qui sous-tend les pratiques contemporaines des médias participatifs. Il pose les questions suivantes : qu’impliquent les médias participatifs en ce qui concerne les politiques d’inclusion et d’exclusion propres à la formation de toute communauté? Et la participation est-elle une forme progressive ou régressive d’activité médiatique? Il s’intéresse particulièrement à l’évolution récente des médias sociaux (les applications Internet « qui s'appuient sur les fondements idéologiques et technologiques du Web 2.0 et permettent la création et l'échange de contenu généré par l'utilisateur »*) et à l’interactivité des médias. Ces évolutions – représentées par Facebook, Twitter, les blogues, les vidéos virales et YouTube – sont uniques dans la mesure où elles nécessitent la participation de leurs utilisateurs. Elles ont donné naissance à des formes novatrices d’art multimédia, d’esthétique, de colocalisation et d’activisme. Au sein de ces environnements sociomédiatiques et interactifs, la participation suppose l’intervention active de l’utilisateur dans le contenu, la forme et la structure des médias (comme dans le jeu vidéo, le clavardage, la messagerie textuelle et l’échange de tweets, ou encore l’art interactif, où l’œuvre ne peut être réalisée que grâce à la participation des utilisateurs). Elle implique également la formation de communautés de participants et participantes (la participation du joueur ou de la joueuse dans une communauté de joueurs, l’échange d’information entre clavardeurs et tweeters, la constitution de collectivités virtuelles).

N’importe quel utilisateur doté de la bonne technologie peut aujourd’hui produire son propre média en ligne; n’importe quel joueur ou joueuse peut interagir avec une interface utilisateur pour générer une réponse sur un dispositif vidéo; n’importe quel spectateur peut être invité à réagir à un environnement (spatial ou architectural) dans une galerie d’art, un musée ou un espace public. Mais est-ce vraiment le cas? Qui participe, qui ne participe pas et qui ne peut pas participer? Quels sont les similitudes, les recoupements et les différences entre la participation et l’interactivité offertes par les médias traditionnels et celles offertes par les nouveaux médias? Les médias participatifs aborde l’histoire, les problèmes et les possibilités des médias participatifs. Il examine comment les pratiques sur Internet ont ou n’ont pas changé les pratiques de citoyenneté – la participation du citoyen à la vie publique, aux délibérations, à la connaissance et à la mobilisation citoyennes. Il étudie comment les médias participatifs transigent avec la surveillance, les dispositifs de collecte de données et de contrôle intégrés aux médias mêmes qui permettent la participation. Il pose plus généralement la question suivante : pourquoi ce souci contemporain croissant de participation à travers le design, les arts, les sciences et l’informatique (qui mène au design participatif, aux arts participatifs et à l’informatique communautaire)?

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2014-2015 : Médias, sens et sensibilités

Dans Understanding Media: The Extensions of Man (1964) (Pour comprendre les médias, les prolongements technologiques de l’homme, 1968, en français), Marshall McLuhan suggère que les médias ont une influence sur la société non pas par le contenu qu’ils véhiculent mais à cause des caractéristiques du médium lui-même. Une manifestation essentielle de cet état de fait nous est fournie dans sa discussion sur la relation entre les médias et les sens : chaque média, avance-t-il, « s’ajoute à ce que nous sommes déjà » et agit comme une « amputation » et un « prolongement » de nos sens et de notre corps; il les remodèle en de nouvelles formes techniques et remanie la façon dont les individus perçoivent le monde.* Il maintient également que les médias chauds (la radio, le cinéma) ne sollicitent qu’un sens (l’ouïe ou la vue) au détriment des autres, alors que les médias froids (la télévision, la bande dessinée) exigent une participation plus active de l’utilisateur.* Même si McLuhan a été critiqué pour son manque d’attention à l’égard de questions telles que le pouvoir, la pratique, les utilisations et le contexte social, sa compréhension des médias en tant que prolongements des sens demeure fondamentale. Elle ouvre sur la compréhension contemporaine des médias dans leur relation aux sens.

Médias, sens et sensibilités s’intéresse à différents débats sur les conséquences des pratiques et des matérialités médiatiques sur la nature et la définition changeantes des sens, ainsi que sur les expériences sensorielles des médias et l’organisation des sens. Il étudie les interventions médiatiques politiques, culturelles et artistiques qui explorent la nature et la définition changeantes des sens. Comment certaines pratiques médiatiques éveillent-elles et touchent-elles nos sens? Quelles sont les expériences sensorielles et multisensorielles sollicitées mais non simplement déterminées par les médias? Quelle est la relation entre médias, expériences sensorielles, culture et société? De quelle façon les nouvelles pratiques permises par les médias mobiles, géolocalisés et de positionnement géographique organisent-elles notre perception du temps et de l’espace?

Médias, sens et sensibilités s’investit également dans l’étude des dimensions émotionnelles et affectives des expériences médiatiques. Il examine non seulement le rôle des émotions dans les pratiques de représentation, de rapprochement et de colocalisation des médias ainsi que l’intégration de l’émotion dans la matérialité des médias, mais aussi l’avènement récent de l’informatique affective. L’émotion et l’affectivité des médias et des interventions des médias de masse nous obligent à répondre aux questions suivantes : comment une approche interdisciplinaire de l’étude des relations entre les médias (de masse) et les émotions peut-elle nous aider à traiter l’information médiatique, le divertissement médiatique, la psychologie médiatique, la participation et la connexion médiatiques, la communication politique et la persuasion? Comment peut-elle aborder des questions d’ordre émotionnel telles que les fonctions évolutives des émotions médiatisées, de la violence dans les médias, de la sexualité dans les médias, du plaisir dans les médias, des médias créateurs de peur? Comment les nouveaux médias (comme les jeux basés sur le mouvement) sont-ils conçus pour favoriser des expériences affectives précises (engagement, plaisir et construction de sens) chez l’utilisateur et l’utilisatrice?

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2015-2016 : Art, Médias et Espace Publique

La célèbre définition de l'espace public proposée par Jürgen Habermas (qui n'est pas une définition transhistorique, puisqu'elle se rapporte à l'espace public bourgeois du XVIIIème siècle comme idéal type) peut se résumer ainsi : un lieu public de communication dans lequel des personnes se rencontrent et délibèrent sur des questions d'intérêt commun. En évolution depuis le XIVème siècle, il se cristallise au XVIIIème sous la forme de rencontres en personne dans les cafés et les places publiques, ainsi que sous la forme des médias et des espaces culturels. L'espace public s'est essentiellement développé en tant que contrepoids à l'autorité publique – comme moyen d'influencer la prise de décision politique. Comme Jostein Gripsrud et al. l'ont souligné, l'espace public n'est ainsi pas un simple réseau d'institutions, mais un principe normatif de légitimité démocratique selon lequel l'État doit refléter « le pouvoir d'un public délibérant de citoyens libres et égaux. »[1] D'abord formulée en 1962 et traduite en anglais en 1989 dans The Structural Transformation of the Public Sphere, cette définition a ensuite été révisée par Habermas afin de mettre l'accent sur le rôle du langage délibératif, de la rationalité communicationnelle et du droit dans la consolidation de l'espace public. Il a alors spécifié que celui-ci consiste en « un réseau de communication d'informations et d'opinions » au sein duquel « les participants élaborent des relations interpersonnelles en prenant des postures d'offres mutuelles d'actes de parole et en assumant des obligations illocutoires»[2] Ces relations interpersonnelles sont basées sur le débat rationnel et la discussion, et ont été qualifiées d'inclusives par Habermas.

La formulation habermassienne de l'espace public a été contestée dès le départ. Les critiques ont mis en cause sa prétention à l'universalisme et à l'unité, ainsi que son mode de délibération rationaliste. Nancy Fraser a prouvé de façon convaincante que son postulat d’inclusion ne tient pas : l'espace public bourgeois était constitué d'un « nombre d'exclusions significatives », notamment l'exclusion des femmes et des classes sociales inférieures.[3] L'analyse de Fraser (ainsi que la conclusion de Michael Warner selon laquelle la participation à un espace public universel mène forcément à une forme de décorporéalisation, étant donné son manque de pluralisme[4]) révèle l'important problème d'accessibilité de l'espace public, ainsi que le mépris envers les contre-publics (les espaces publics composés par les publics marginalisés ou subalternes) qui y est relié. Insistant sur la nécessité de redéfinir l'espace public comme composition de publics multiples, Oskar Negt et Alexander Kuge ont critiqué la distinction qu'opère Habermas entre le public et le privé, en montrant en quoi l'espace public bourgeois et l'espace public prolétarien se co-déterminent.[5] Plus récemment, Michael Hardt et Antonio Negri ont prolongé le questionnement sur la séparation du public et du privé en tant que trait fondamental de l'espace public, en soutenant qu'elle se base sur une compréhension capitaliste traditionnelle de la propriété – compréhension qui se transforme aujourd'hui dans les sociétés informationnelles post-fordistes, au sein desquelles de nouveaux modes de collaboration (comme l'illustrent bien les approches open source, par exemple) tendent à brouiller la séparation public/privé.[6] Le modèle discursif rationaliste de l'espace public d'Habermas a également été contesté, notamment par Chantal Mouffe, qui a élaboré le modèle de l'espace public agonistique au sein duquel l'antagonisme est la passion élémentaire du politique.[7] Les spécialistes des médias qui ont démontré que les relations interpersonnelles composant l'espace public sont bien plus médiées que ne le présumait initialement Habermas ont également grandement contribué à redéfinir le concept. C'est dans cet esprit que John Thompson a inventé le terme de « public médiatisé », et Manuel Castells celui de « société mondiale en réseaux. »[8] D'autres ont souligné que les capacités de surveillance des médias, combinées à la privatisation et la commercialisation croissantes d'Internet, ainsi qu'à la dépolitisation néolibérale des espaces publics, ont contribué à l'affaiblissement, voire à la disparition de l'espace public en tant qu'espace démocratique.[9]

Enfin, il est aussi à noter que, dans The Structural Transformation of the Public Sphere, Habermas a identifié la co-existence de deux espaces publics ainsi que leur inter-relation : l'espace public politique tel que décrit plus haut, et l'espace public culturel au sein duquel, à partir du XVIIème siècle, romans, théâtre et art sont discutés dans des salons littéraires et d'art visuel. Ces discussions sont devenues une modalité du déploiement de débats (par des processus d'identification et de dés-identification, ainsi que par le jugement esthétique) sur la vie quotidienne, la subjectivité, la famille et la communauté, la moralité et le désir, la beauté et la vie des autres imaginés. L'espace public culturel préparait et enrichissait le déploiement délibératif de l'espace politique.

Au cours de l'année académique 2015-2016, Media@McGill vouera la majeure partie de ses activités de recherche et conférences à la question de l'espace public culturel, en étudiant sa relation à l'espace politique ainsi que ses façons d'opérer tant comme outil analytique que comme catégorie esthétique. Bien que plusieurs modèles d'espace public échouent, et que ces modèles doivent être continuellement évalués et interrogés, ils ont historiquement été et restent encore aujourd'hui essentiels au développement et au réexamen de la démocratie et de l'art, ainsi qu'à l'évolution du musée en tant que l'un des lieux privilégiés de l'espace public. Notre approche de la question de l'espace public culturel s'articulera autour de cinq questions. Premièrement – si nous adoptons la définition plus souple proposée par Gerard Hauser de l'espace public comme un espace « au sein duquel les individus et les groupes se rassemblent pour discuter des questions d'intérêt mutuel et, lorsque c'est possible, pour établir une opinion commune »[10] – comment définir l'espace public esthétiquement, en tant que « sensibilité », et non simplement comme mode de délibération ou processus de prise de décision ? Deuxièmement, quelle est la relation entre l'art, l'image et le médium dans la constitution de l'espace public ? Troisièmement, pour paraphraser Nelson Goodman, quand est (plutôt que qu'est-ce que) l'espace public culturel ? L'espace public culturel a une histoire et une généalogie qui demandent encore à être retracées par les historien.nes de l'art, les penseur.ses et conservateur.trices de musée, les spécialistes des médias et les penseur.ses en sciences sociales. Quatrièmement, quand et comment l'art (particulièrement l'art médiatique) réussit-il à faire advenir des espaces publics inclusifs – des espaces publics qui soient ouverts aux relations humaines et non humaines ? Pour utiliser la terminologie utilisée par Bruno Latour dans Enquête sur les modes d'existence : quand et comment l'art déploie-t-il des mondes spacieux qui laissent place à une diversité d'êtres, à de nouvelles et d’anciennes façons d'interagir par la vision, la perception, la pensée, les affects, le mouvement, la circulation, les médias, les actes de parole et de corps?[11] Et cinquièmement, en quoi l'espace public culturel est-il spatialisé et temporalisé par des collectivités différentes au sein de géographies différentes, en relation à des mondes globalisants ?

 

[1] Jostein Gripsrud, Hallvard Moe, Anders Molander, and Graham Murdock, eds., The Idea of the Public Sphere: A Reader (Plymouth, UK: Lexington Books, 2010), xv.

[2] Jürgen Habermas, Between Fact and Norms: Contributions to a Discourse Theory of Law and Democracy (Cambridge, MA: MIT Press, 1996), 361 – traduction libre.

[3] Nancy Fraser, “Rethinking the Public Sphere: A Contribution to the Critique of Actually Existing Democracy,” in Habermas and the Public Sphere, ed. Craig Calhoun (Cambridge, MA: MIT Press, 1992), 109–142.

[4] Michael Warner, “The Mass Public and the Mass Subject,” in Habermas and the Public Sphere, ed. Craig Calhoun (Cambridge, MA: MIT Press, 1992), 377–401.

[5] Oskar Negt and Alexander Kluge, Public Sphere and Experience: Toward an Analysis of the Bourgeois and Proletarian Public Sphere (Minneapolis: University of Minnesota Press, 1993).

[6] Michael Hardt and Antonio Negri, Commonwealth (Cambridge MA: Belknap Press of Harvard University Press, 2009).

[7] Chantal Mouffe, Agonistics: Thinking the World Politically (London and New York: Verso, 2013).

[8] John B. Thompson, The Media and the Modernity. A Social Theory of the Media (Cambridge, UK: Polity Press, 1995), 125–134, and Manuel Castells, “The New Public Sphere: Global Civil Society, Communication Networks, and Global Governance,” ANNALS, AAPSS (616), March 2008, 78-93.

[9] Setha Low and Neil Smith, The Politics of Public Space (New York and London: Routledge, 2006) and Darin Barney, Gabriella Coleman, Christine Ross, Jonathan Sterne, and Tamar Tembeck, eds., The Participatory Condition (Minneapolis: University of Minnesota Press, forthcoming).

[10] Gerard Hauser, “Vernacular Dialogue and the Rhetoricality of Public Opinion,” Communication Monographs, vol. 65, no. 3, June 1998, 86.

[11] Bruno Latour, Inquiry into Modes of Existence, trans. Cathy Porter (Cambridge, MA: Harvard University Press, 2013), 245.

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2016-2017 : Médias et environnement

(Traduction à venir)

In the shadow of anthropogenic climate change, questions and contests over ecological responsibility, environmental justice and the transformation of unsustainable economies have moved to the centre of cultural, political and intellectual attention globally. Media are deeply implicated in these questions, and this implication has a long history, extending back at least to the role of communication and transportation media in the establishment, representation and operation of imperial and colonial extractive economies and networks. Our conceptions and experiences of nature, environment and ecology are bound inextricably to mediation, to the technologies, practices and aesthetics of communication by which we inhabit relationships with human and non-human others. Contested practices of discourse and representation frame and carry the politics of the environment. Media technologies and the industries and practices they support are resource and energy-intensive, and leave massive environmental footprints. The question of media and the environment is thus simultaneously symbolic and material. It is also political: the unequal burdens of environmental degradation are indexed to geographic location, class, racialization and gender, and both this inequality and struggles against it are mediated culturally. Emerging themes in the arts, humanities and social sciences – new and vital materialisms, extractivism, indigeneity, infrastructure, anthropocene, post-humanism, mobilities, infrastructure, energy humanities, elemental media – challenge and enlarge established critical vocabularies for thinking with and through the couplet “media and the environment.” In naming its theme for 2016-2017 in this way, Media@McGill intends to take up these challenges and contribute to this enlargement.

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